07/10/2008

Orient et Occident

Approches d'Orient et approches contemporaines créées pas des Occidentaux 

Nos corps se façonnent peu à peu au gré des contraintes de la vie moderne, dans des attitudes qui se figent trop souvent et deviennent douloureuses et inefficaces. Pour y remédier, nous avons à (ré)apprendre à bouger et à sentir; plusieurs approches venues des traditions de l'Orient ainsi que des pédagogies corporelles occidentales, telle que l'eutonie, présentent des points communs.

 Détente et énergies

 Se détendre aide à laisser les autorégulations du corps opérer. L'énergie serait le mot pour désigner la complexité des relations entre les composantes physiologiques, psychiques et informationnelles de l'être humain en particulier et de la vie en général. Des exercices pour libérer les tensions musculaires peuvent contribuer efficacement à laisser circuler cette énergie en nous et à travers nous : ils agissent à la fois sur le corps, par le mouvement, en le déliant, et sur notre attention qui se focalise et s’autorégule dans l'ici et maintenant. La circulation des énergies est un des fondements d'écoles du mouvement qui considèrent l'être humain dans sa totalité comme le yoga, les exercices taoïstes et le qigong ainsi que des arts martiaux internes que sont le taichi et l'aïkido.

 Enracinement et hara

Des approches d'éducation somatique comme l'eutonie, l'antigymnastique ou la méthode Feldenkrais se basent sur une pédagogie qui vise la conscience de la sensation du mouvement, des os, de la peau et des espaces intérieurs. Ainsi le travail sur le repousser est l’expérience liée au passage des forces à travers les différents éléments du système locomoteur, et donc surtout à travers les os. Sentir ses membres qui repoussent le sol ou un mur, par exemple - permet le lâcher prise dans le hara grâce à l'aptitude que l'on (re)trouve à se redresser sans utiliser les fibres musculaires volontaires en mobilisant la fonction tonique des muscles. La conscience du redressement réflexe du corps – que l'eutonie appelle le transport - peut éliminer les crispations du bassin et du dos et rendre plus mobiles les épaules, les bras et les avant-bras, les mains et les doigts.

Conscience et autorégulation

La conscience que les pratiquants de ces approches du mouvement développe leur permet de s'observer dans le mouvement, d'apprendre à sentir. Cette conscience de ce qui se passe ici et maintenant permet l'équilibration du système nerveux autonome dans ses deux versants orthosympathique et parasympatique. Observer de très subtiles sensations et mouvements d'os et de peau, de muscles et d'organes constitue un entraînement qui amène à un état de calme intérieur qui permet au corps d'activer les phénomènes d'autorégulation, voire de guérison.

Contact et prolongement

Cette conscience corporelle permet aussi de s'ouvrir à l'environnement, de prolonger les mouvements. Le contact conscient développe la présence à la relation avec le sol, les objets, l’espace et, à travers eux, les autres personnes. Il inclut toutes les capacités d’adaptation à la relation et permet l’élaboration du mouvement le plus juste. Le manque de contact est une cause fréquente d’accidents. Sa gestion nécessite l’approfondissement de la conscience de soi, de ses limites corporelles et de son rapport au sol. Cet apprentissage du prolongement se fait en arts martiaux avec des bâtons ou une épée par exemple; d'autres pédagogies, comme l'eutonie, utilisent des objets comme des balles de tennis, des bambous, des marrons pour apprendre à sentir à travers eux, à entrer en contact avec l'environnement.

Désapprendre pour retrouver le mouvement spontané

Quand un enfant apprend à marcher, c'est son corps qui trouve comment ça marche : il ne sait pas comment ça fonctionne, quels jeux de forces et de leviers entrent en action. Comme adultes, nous avons à désapprendre certaines des attitudes figées ou stéréotypées qui se sont peu à peu installées. Il ne sert à rien de vouloir : on ne peut pas « fabriquer » la détente ou le mouvement spontané, on ne peut que les libérer. La qualité de ressenti qui s'exerce dans, ces "gymnastiques holistiques", cette attention à tout ce qui se passe en nous et autour de nous, permet d'adhérer pleinement au moment présent et de libérer un spontanéité adaptée aux circonstances. C'est ce que l'eutonie appelle la fluidité tonique.

Ainsi des approches millénaires venues d'Orient et des approches contemporaines créées pas des Occidentaux peuvent se répondre et se compléter  l'une l'autre. Au-delà des conflits potentiels entre courants, il est réjouissant que peu à peu les échanges entre enseignant-es ainsi que les parcours des pratiquant-es s'enrichissent et dessinent le paysage des écoles du corps.  

 

Claudine Drion

Eutoniste  

eutonie.skynetblogs.be

 

 

01/10/2008

Bouger, s'étirer, bâiller

Durant les mois froids, on a tendance à se recroqueviller : c’est le signe d’un besoin physiologique de repos (qui se manifeste chez certains mammifères par l’hibernation !). Tout en étant à l’écoute de ce besoin, notre bien-être réclame d’éliminer les toxines et de « huiler » nos articulations. Soyons vigilant-es à bien bouger, même en hiver. Voici trois pistes à vivre en étant bien conscient-es de ses sensations.

  

  1. Bouger

Le mouvement est une des caractéristiques de la vie, mais aujourd'hui, le mode de vie de beaucoup d'entre nous comporte de nombreuses heures en posture assise. Que faire ? Comme nous l'avons décrit dans la fiche Bien-être n°1 : se coucher sur le dos et prendre les genoux dans les mains pour étirer la colonne vertébrale. "Dessiner" sur les murs, au plafond avec un coude, ou un genou, une oreille … imaginer que l'on a un pinceau qui prolonge ce segment du corps et dessiner au loin, prolonger dans l'espace. Laisser cette partie du corps entraîner le reste du corps à suivre le mouvement et retrouver une liberté de bouger. Dans le mouvement l'ancrage des pieds est très important : il s'agit de garder conscience du sol et ainsi de descendre son centre de gravité. La danse libre marie ces deux attitudes : bien ancrés dans le sol, nous pouvons nous élancer dans toutes les directions.

 

  1. S’étirer

Dans la même perspective, les étirements sont essentiels. Mais comment ? Différentes variantes sont à explorer pour ne pas répéter les mêmes séquences et se préserver l’esprit de découverte qui aiguise nos sens. On peut ainsi s'étirer en diagonale (jambe gauche et bras droit en même temps puis vice versa). On peut également varier l'intensité car nous avons tendance à aller avec force dans l'étirement. Si cet étirement maximal est 100%, essayons ensuite de nous étirer à 75% puis à 50%, voire 10%. L'idée ici est de faire les choses en finesse.

Et prendre le temps de sentir ce qui se passe après l'étirement : comment le corps reprend sa forme dans la détente. Il est aussi possible de s'étirer sans bouger, juste en ayant l'intention du mouvement. Debout, les deux pieds bien ancrés, un bras levé et un bras abaissé, s'imaginer, sans bouger, repoussant le plafond d'un côté et le plancher de l'autre. Prendre le temps de sentir ce que cela provoque dans le bras, dans la jambe et dans la connexion entre les deux.

 

  1. Bâiller

Les étirements vont presque systématiquement provoquer des bâillements; de même que le fait de se relaxer. Bâiller est un réflexe, mais il peut aussi être provoqué. Voici la recette pour se faire bâiller : ouvrir grand la bouche, écarquiller les yeux, tirer la langue; au besoin grimacer à souhait. Une fois le bâillement déclenché, profiter amplement du mouvement d'étirement musculaire généralisé des muscles respiratoires (diaphragme, intercostaux, scalènes) ainsi que des muscles de la face et du cou. Cet étirement est bénéfique et permet d'expirer en profondeur. Dans nos sociétés, la bienséance considère le bâillement comme un manque de savoir vivre. Voici un préjugé que nous pourrions faire mentir en partageant des moments de bâillements et d'étirements dans les lieux publics !

 A quel moment ?

Ces trois attitudes peuvent être pratiquées à n'importe quel moment mais tout spécialement le matin au saut du lit pour "huiler" les articulations. Bouger, s'étirer, bâiller est aussi très recommandé après un long moment d'immobilité (un trajet, du travail sur PC,…). Le mouvement exercé consciemment développe le sens articulaire et délie la motricité. Les étirements font éprouver en complément, dans un mélange de solidité et de souplesse, les structures du corps qui nous relient.

Claudine Drion, eutoniste GA ®

eutonie.skynetblogs.be