23/10/2017

Eutonie, le corps en pleine conscience

L'eutonie, fondée par Gerda Alexander, est une pédagogie corporelle. Chacun-e y apprend son propre mode d'être à partir de la connaissance sensorielle que l'on peut découvrir chaque jour un peu plus. Pleine conscience corporelle : prendre conscience de comment nous nos sentons ici et maintenant. L'eutonie permet d'apprendre à développer cette dimension. Elle permet de désactiver le mode de connaître par la pensée pour passer au connaître par le corps. Elle nous permet d'exercer la sensation de notre vitalité. Celle-ci nécessite en effet d'être entrainée.

 

L'eutonie est une méthode qui permet d'exercer sa conscience. Il ne suffit pas de sentir mais d'avoir conscience que l'on sent. Ceci n'est pas un jeu sur les mots : la démarche cognitive qui consiste à prendre conscience de ses sensations est riche en conséquences. Elle nous décentre de nous même et permet aux mécanismes d'autorégulation de notre corps d'entrer en action.

L'eutonie développe en même temps la capacité d'être en contact avec l'environnement et cela permet également d'exercer une conscience décentrée que nous nommons « présence ».

Approches d'Orient et approches contemporaines créées pas des Occidentaux 

Nos corps se façonnent peu à peu au gré des contraintes de la vie moderne, dans des attitudes qui se figent trop souvent et deviennent douloureuses et inefficaces. Pour y remédier, nous avons à (ré)apprendre à bouger et à sentir; plusieurs approches venues des traditions de l'Orient ainsi que des pédagogies corporelles occidentales, telle que l'eutonie, présentent des points communs.

 Détente et énergies

 Se détendre aide à laisser les autorégulations du corps opérer. L'énergie serait le mot pour désigner la complexité des relations entre les composantes physiologiques, psychiques et informationnelles de l'être humain en particulier et de la vie en général. Des exercices pour libérer les tensions musculaires peuvent contribuer efficacement à laisser circuler cette énergie en nous et à travers nous : ils agissent à la fois sur le corps, par le mouvement, en le déliant, et sur notre attention qui se focalise et s’autorégule dans l'ici et maintenant. La circulation des énergies est un des fondements d'écoles du mouvement qui considèrent l'être humain dans sa totalité comme le yoga, les exercices taoïstes et le qigong ainsi que des arts martiaux internes que sont le taichi et l'aïkido.

 Conscience, enracinement et hara

Des approches d'éducation somatique comme l'eutonie, l'antigymnastique ou la méthode Feldenkrais se basent sur une pédagogie qui vise la conscience de la sensation du mouvement, des os, de la peau et des espaces intérieurs. Ainsi le travail sur le repousser est l’expérience liée au passage des forces à travers les différents éléments du système locomoteur, et donc surtout à travers les os. Sentir ses membres qui repoussent le sol ou un mur, par exemple - permet le lâcher prise dans le hara grâce à l'aptitude que l'on (re)trouve à se redresser sans utiliser les fibres musculaires volontaires en mobilisant la fonction tonique des muscles. La conscience du redressement réflexe du corps – que l'eutonie appelle le transport - peut éliminer les crispations du bassin et du dos et rendre plus mobiles les épaules, les bras et les avant-bras, les mains et les doigts.

Conscience et autorégulation

La conscience que les pratiquants de ces approches du mouvement développe leur permet de s'observer dans le mouvement, d'apprendre à sentir. Cette conscience de ce qui se passe ici et maintenant permet l'équilibration du système nerveux autonome dans ses deux versants orthosympathique et parasympatique. Observer de très subtiles sensations et mouvements d'os et de peau, de muscles et d'organes constitue un entraînement qui amène à un état de calme intérieur qui permet au corps d'activer les phénomènes d'autorégulation, voire de guérison.

Contact et prolongement

Cette conscience corporelle permet aussi de s'ouvrir à l'environnement, de prolonger les mouvements. Le contact conscient développe la présence à la relation avec le sol, les objets, l’espace et, à travers eux, les autres personnes. Il inclut toutes les capacités d’adaptation à la relation et permet l’élaboration du mouvement le plus juste. Le manque de contact est une cause fréquente d’accidents. Sa gestion nécessite l’approfondissement de la conscience de soi, de ses limites corporelles et de son rapport au sol. Cet apprentissage du prolongement se fait en arts martiaux avec des bâtons ou une épée par exemple; d'autres pédagogies, comme l'eutonie, utilisent des objets comme des balles de tennis, des bambous, des marrons pour apprendre à sentir à travers eux, à entrer en contact avec l'environnement.

Désapprendre pour retrouver le mouvement spontané

Quand un enfant apprend à marcher, c'est son corps qui trouve comment ça marche : il ne sait pas comment ça fonctionne, quels jeux de forces et de leviers entrent en action. Comme adultes, nous avons à désapprendre certaines des attitudes figées ou stéréotypées qui se sont peu à peu installées. Il ne sert à rien de vouloir : on ne peut pas « fabriquer » la détente ou le mouvement spontané, on ne peut que les libérer. La qualité de ressenti qui s'exerce dans, ces "gymnastiques holistiques", cette attention à tout ce qui se passe en nous et autour de nous, permet d'adhérer pleinement au moment présent et de libérer un spontanéité adaptée aux circonstances. C'est ce que l'eutonie appelle la fluidité tonique.

Ainsi des approches millénaires venues d'Orient et des approches contemporaines créées pas des Occidentaux peuvent se répondre et se compléter  l'une l'autre. Au-delà des conflits potentiels entre courants, il est réjouissant que peu à peu les échanges entre enseignant-es ainsi que les parcours des pratiquant-es s'enrichissent et dessinent le paysage des écoles du corps. 

 

Claudine Drion

Eutoniste  

eutonie.skynetblogs.be

 

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